Book Review – Cybercombattante par Johanna Brousse (2026)

Du délinquant international identifié grâce à sa séance de jogging sur Strava au maître chanteur qui piège de jeunes filles pour leur extorquer des contenus pédocriminels, Johanna Brousse dépeint un environnement criminel pluriel, international, et terrifiant. À l’opposé apparaît une femme de valeurs et de convictions qui nous raconte son travail, ses doutes, ses combats. Elle nous fait naviguer d’un cybercrime à une cyberattaque ; d’un préjudice financier à des dommages moraux ; du Canada à la porte de Clichy. Pour autant, son livre comme son travail ne se sont pas une succession d’anecdotes. Elle sait choisir les dossiers. Car la stratégie de la section cyber française, dotée de ressources très limitées (2 ou 3 magistrats), est celle de la cathédrale : ce n’est pas sur des « petites fraudes » individuelles que la section dite J3 focalise son action. Elle vise les « gros poissons », les affaires d’envergure, et par là même espère ainsi dissuader les délinquants plus modestes. Cette logique culmine dans les affaires qui ont fait la notoriété de la section J3 : l’arrestation de Pavel Durov, fondateur de Telegram, l’opération Vanilla qui a permis d’infiltrer l’application SkyECC et de faire avancer des centaines d’enquêtes à travers le monde ou encore la fermeture du site de rencontres Coco, utilisé par Dominique Pélicot.

Johanna Brousse dépeint aussi un haut lieu de camaraderie. Un endroit où la hiérarchie la soutient, l’encourage et, lorsque cela est nécessaire, la protège. Elle montre également que la section J3 ne peut rien sans une étroite coopération européenne et internationale. Les demandes d’entraide, les magistrats de liaison, tous ces rouages invisibles, mais essentiels sont régulièrement cités. C’est avec humanisme, souvent saupoudré d’une pointe d’humour, que cette coopération nait, se développe, et prospère.

Elle raconte enfin la difficulté de faire ce métier et de faire face aux horreurs de l’humanité. Car ce qu’elle nous dit à demi-mot, c’est qu’en quittant une section du parquet dans laquelle la criminalité violente « de l’instant » est maîtresse, elle n’a pas laissé derrière elle l’imprévisibilité ni la noirceur humaine. Au contraire : la section J3 regorge d’affaires sordides, exploitant les moindres failles pour toutes sortes d’activités criminelles. Elle fait ainsi le pont entre les activités criminelles virtuelles et leurs conséquences réelles dans leur « vraie vie ».

Cybercombattante, coécrit avec Clémence de Blasi, paru chez JC Lattès, 2026 (crédit image).

Recension rédigée par Suzanne Vergnolle, C4DT